ARTIST STORY
GREGORY PORTER.
Certaines voix n’ont besoin que de quelques mots pour transformer une pièce. Celle de Gregory Porter est profonde et chaleureuse, mais surtout remarquablement directe. Il peut chanter avec puissance sans créer de distance et faire en sorte qu’une petite phrase résonne comme si, pendant un instant, personne d’autre n’existait. Derrière cette voix se cache un auteur-compositeur qui cherche sans cesse à mettre en musique l’amour, le manque, la dignité et la famille. Ses disques invitent, mais ils exigent aussi de l’attention.
CRÉDIT PHOTO : Drew de F Fawkes via Wikimedia Commons · Gregory Porter, Pryzm, 5 novembre 2021 · CC BY 2.0 · Recadré de manière responsive.
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Ouvrir dans Spotify ↗LA VOIX DU SUCCÈS.
Gregory Porter naît le 4 novembre 1971 à Sacramento et grandit à Bakersfield, en Californie. Sa mère est pasteure. La gospel de l’église et ses disques de Nat King Cole font partie de son univers musical primitif. L’un lui offre un sentiment de communauté et une force émotionnelle, l’autre, une voix qui peut inspirer confiance jusque dans une mélodie simple. Ces deux facettes restent audibles dans son propre travail.
Pourtant, le chemin vers la musique n’est pas direct. Porter part à San Diego State University avec une bourse pour le football américain. Une blessure à l’épaule met fin à ses perspectives sportives. À San Diego, il rencontre le musicien et producteur Kamau Kenyatta, qui deviendra un mentor important. Le chant prend de plus en plus de place, d’abord dans de petites salles, bien avant que les grandes scènes et les prix ne se profilent.
Ce parcours précoce aide à expliquer pourquoi, au moment de sa consécration, Porter ne ressemble pas à un chanteur qui doit encore découvrir sa personnalité. Son premier disque ne paraît que lorsqu’il a presque quarante ans. Derrière lui se cachent des années de spectacles, d’écoute et de travail. Sa voix a une forme bien définie, mais sa présentation reste ouverte : celle d’un homme qui veut transmettre une histoire et qui a confiance dans le fait que le public pourra venir à lui.
WATER : UN DÉBUT AVEC UN POIDS PROPRE.
À New York, Porter alterne entre le travail dans l’entreprise de son frère et les spectacles. Il se produit également au théâtre, notamment dans It Ain’t Nothin’ But the Blues. Lorsque Water paraît chez Motéma en 2010, ce n’est donc pas une page blanche qui entre en studio. L’album contient des compositions originales et des interprétations de morceaux existants, de Illusion à Feeling Good. Il reçoit immédiatement une nomination aux Grammy Awards.
Water montre que la voix de Porter peut faire bien plus qu’accompagner une belle mélodie. Son jeu possède une souplesse remarquable : il peut laisser le groupe évoluer tranquillement, étirer une phrase, puis retomber avec précision dans le rythme. Son registre grave n’est pas le point final d’un tour de passe-passe. C’est le fondement d’une conversation dont la couleur des mots change sans cesse.
Un morceau comme 1960 What? offre une approche différente d’une ballade intime. Le groove vous emporte, tandis que le chant gagne en urgence. Ce contraste est utile à garder à l’esprit. Celui qui ne considère Porter que comme une voix apaisante en arrière-plan n’en entend qu’une partie de la palette. Sa musique peut consoler, mais elle peut aussi susciter l’agitation et la détermination.
BE GOOD ET L’ART DE RACONTER.
Be Good suit en 2012. Le titre éponyme, Be Good (Lion’s Song), tourne autour de la métaphore d’un lion et acquiert une intimité presque narrative. Real Good Hands choisit à nouveau une situation humaine comme point de départ. Porter n’a pas besoin d’une construction complexe pour faire naître une émotion. Une relation reconnaissable entre des êtres humains suffit souvent.
Sur ce disque, on comprend clairement l’importance de ses propres chansons. Le chant est indéniablement un point d’attraction, mais les mots font en sorte que l’on revienne lors d’une écoute suivante. Une phrase peut être tendre sans devenir anodine. Les musiciens d’accompagnement maintiennent un paysage mouvant, afin que Porter n’ait pas besoin d’expliquer chaque émotion en augmentant le volume.
Cette relation entre la voix et le groupe est aussi un bon exercice d’écoute. Ne faites pas attention uniquement à la note la plus haute ou la plus longue. Écoutez comment le piano répond, comment la basse maintient le tempo et comment un moment de calme rend la phrase suivante plus importante. Chez Porter, la maîtrise est souvent tout aussi déterminante que la puissance.
LIQUID SPIRIT OUVRE LA PORTE.
Avec Liquid Spirit, sorti en 2013, il passe chez Blue Note. L’album touche un public beaucoup plus large et lui permet de remporter en 2014 le Grammy du meilleur album de jazz vocal. Le titre éponyme possède un mouvement physique et contagieux : les claquements de mains et le rythme attirent l’auditeur dans le morceau. La voix semble à la fois mener cette énergie et bouger au même rythme.
À l’opposé se trouve Hey Laura, où le désir et l’incertitude se font intimes. Porter laisse exister la vulnérabilité du narrateur. Il n’en fait pas une démonstration de l’émotion qu’un chanteur peut produire. C’est précisément dans les détails qui est convaincant : dans la manière dont une phrase hésite ou tente malgré tout de continuer.
Water Under Bridges réduit à nouveau l’échelle, tandis que d’autres morceaux font à nouveau parler le groupe de manière affirmée. Liquid Spirit n’est donc pas un disque à température constante. Cette alternance maintient l’album vivant. Son plus grand pouvoir d’attraction est peut-être que la musique sonne accessible sans tout dévoiler immédiatement. Une mélodie ouvre la porte ; le récit vous y retient.
HOLDING ON PEUT AVOIR PLUSIEURS VIES.
En 2015, Porter travaille avec le duo britannique Disclosure sur Holding On. Cette collaboration place sa voix dans un environnement électronique. Un an plus tard, Take Me to the Alley ouvre avec sa propre version du même morceau. La production est plus vaste et plus acoustique, mais la chanson reste reconnaissable. La mélodie et l’intention survivent au changement de sonorité.
Le titre éponyme de Take Me to the Alley attire l’attention sur des personnes généralement oubliées. La mère de Porter, qui aidait les autres avec de la nourriture et un toit, constitue une source d’inspiration importante. C’est un exemple de la manière dont son histoire familiale imprègne sa musique sans que chaque morceau ait besoin d’être une autobiographie littérale.
L’album paraît en 2016 et remporte à nouveau le Grammy du meilleur album de jazz vocal lors de la cérémonie de 2017. Ici aussi, le petit groupe reste important. Le pianiste Chip Crawford fait partie de ses partenaires musicaux réguliers. Les musiciens ne construisent pas un mur ininterrompu derrière le chanteur, mais laissent les arrangements respirer. Ainsi, un son amical peut aussi porter un message incisif.
NAT KING COLE COMME SOURCE PERSONNELLE.
Sur Nat King Cole & Me, sorti en 2017, Porter explicite le lien avec son enfance. Avec des arrangements de Vince Mendoza et du London Studio Orchestra, il revient à des chansons qu’il associe à Cole, dont Smile, Nature Boy et L-O-V-E. Les cordes donnent au disque un décor plus vaste que ses précédents travaux avec des formations réduites.
Pourtant, le cœur reste personnel. Cole offrait au jeune Porter un sentiment de sécurité et de direction en l’absence de son père. Cette signification explique pourquoi le projet va au-delà de l’admiration pour un prédécesseur célèbre. Il s’agit aussi de ce qu’un disque peut faire lorsque la voix sortant de l’enceinte vous touche quelque chose au bon moment.
Porter ne cherche pas à devenir le même chanteur. Son propre baryton a un poids différent. C’est précisément ce qui crée une distance intéressante entre le souvenir et l’interprétation : des chansons connues prennent un nouveau sens parce que quelqu’un les chante à partir de sa propre histoire.
ALL RISE AMPLIFIE LE SON.
All Rise, sorti en 2020, met à nouveau en avant sa propre écriture. Le producteur Troy Miller travaille avec le groupe de Porter, des cuivres, un chœur et des cordes du London Symphony Orchestra. L’ensemble peut devenir exubérant, mais les chansons restent le point de départ. Revival laisse libre cours à l’énergie gospel, tandis que d’autres passages sont plus doux et contemplatifs.
Porter utilise ici l’amour comme quelque chose qui englobe différentes relations : entre partenaires, parents et enfants, entre les êtres humains et avec la foi. Le titre All Rise suggère un mouvement collectif vers le haut. Cela ne rend pas la musique insouciante. La conviction que quelque chose peut s’améliorer prend justement du poids parce que les épreuves et les pertes ne sont pas repoussées.
Là où Liquid Spirit fait souvent ressentir la tension au sein d’une petite formation, All Rise cherche un environnement plus vaste. On entend à quel point la voix peut se maintenir avec brio au milieu d’arrangements plus grands. Le centre reconnaissable reste un chanteur qui veut être compréhensible et proche, même lorsque la musique autour de lui devient plus grande.
LA TRADITION RESTE OUVERTE.
La compilation Still Rising, sortie en 2021, rassemble de nouvelles compositions, des morceaux préférés et des collaborations. En 2023 suit Christmas Wish, son septième album en studio. Il propose des classiques de saison aux côtés de ses propres chansons, avec notamment Samara Joy en invitée. Cela correspond à son intérêt pour le répertoire des chanteurs précédents et pour ce qu’il peut y ajouter lui-même.
Pour qui cherche un point d’entrée, il peut commencer par Liquid Spirit, puis revenir à Water. Le grand succès ne rend pas les premiers travaux superflus. Au contraire : on entend où la combinaison du jazz, de la gospel et du soul prend déjà forme. Ensuite, Nat King Cole & Me montre les racines, tandis qu’All Rise démontre tout l’espace qui peut encore se créer autour.
UNE CHOSE QUE VOUS NE SAVIEZ PAS.
Porter avait déjà donné forme à Nat King Cole & Me en 2004 sous la forme d’une comédie musicale partiellement autobiographique. L’album de 2017 s’inscrit donc dans la continuité d’une histoire qu’il voulait raconter bien avant son succès international.
LES FAITS
DISCOGRAPHIE ESSENTIELLE
Les sept albums en studio, y compris l’hommage à Nat King Cole et l’album de Noël. Les enregistrements live et la compilation Still Rising (2021) sont en dehors de cette liste chronologique de disques en studio.
- 2010Water
- 2012Be Good
- 2013Liquid Spirit
- 2016Take Me to the Alley
- 2017Nat King Cole & Me
- 2020All Rise
- 2023Christmas Wish
FAQ
Pourquoi Gregory Porter porte-t-il toujours un bonnet ?
Porter a expliqué dans un entretien avec Forbes qu’il portait ce couvre-chef après une opération de la peau. Le bonnet avec un bandage le long de son visage est ensuite devenu un élément reconnaissable de son apparence.
Où Gregory Porter a-t-il grandi ?
Gregory Porter a grandi à Bakersfield, en Californie. Sa mère était pasteure ; chanter à l’église et écouter ses disques de Nat King Cole ont constitué son univers musical primitif. La gospel et le jazz sont restés des sources importantes pour son propre travail.
Quel genre de musique Gregory Porter fait-il ?
Porter est un chanteur de jazz et auteur-compositeur aux influences marquées du soul, du blues et de la gospel. Son baryton chaleureux est reconnaissable, mais son jeu et ses propres chansons sont également déterminants. Il chante aussi bien des ballades intimes que des morceaux rythmés et exubérants.
Quel est le premier album de Gregory Porter ?
Son premier album est Water, sorti en 2010. Il a été suivi par Be Good en 2012. Les deux albums ont reçu une nomination aux Grammy Awards, avant qu’avec Liquid Spirit chez Blue Note, il n’atteigne un public international plus large.
Sur quel album se trouve Hey Laura ?
Hey Laura se trouve sur Liquid Spirit, sorti en 2013. Cet album a remporté le Grammy du meilleur album de jazz vocal. Le récit épuré de Hey Laura révèle une facette différente du rythme exubérant du titre éponyme.
Gregory Porter est-il de la famille de Nat King Cole ?
Non, Nat King Cole est une source d’inspiration musicale pour Porter, pas un membre de sa famille. Sa voix a pris pour le jeune Porter une signification personnelle particulière. Sur Nat King Cole & Me, Porter met en avant cette influence avec ses propres interprétations du répertoire de Cole.
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LE MOT DE LA FIN.
UNE GRANDE VOIX QUI RESTE PROCHE.
Mettez Hey Laura et laissez le morceau respirer. C’est là que vous comprendrez pourquoi Gregory Porter est bien plus qu’une voix impressionnante : il révèle lentement une situation humaine. Sa chaleur vous invite. L’incertitude, le jeu et les petits déplacements vous incitent à continuer d’écouter.
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