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ARTIST STORY

ELTON JOHN.

Derrière les grands gestes d’Elton John se cache un pianiste sensible aux moindres détails. De « Your Song » et de sa collaboration avec Bernie Taupin aux nouvelles compositions avec Brandi Carlile.

14 MIN READ WORDS BY SJELF.
Elton John in een licht kostuum met geborduurde bloemen, staand voor zijn piano op het podium.

CRÉDIT PHOTO : Raph_PH / Wikimedia Commons · Elton John, Twickenham Stoop, 3 juin 2017 · CC BY 2.0 · Recadré pour s’adapter à l’écran.

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Quelques accords de piano suffisent. Avant même qu’Elton John ne commence « Your Song », une atmosphère se crée, comme si quelqu’un s’apprêtait à confier quelque chose d’intime. Un peu plus tard, ce même pianiste peut faire vibrer une salle entière avec « Saturday Night’s Alright for Fighting ». La distance entre ces deux facettes est immense, mais on reconnaît toujours le même musicien : quelqu’un capable de faire parler une mélodie et d’utiliser le piano aussi bien comme instrument rythmique que comme orchestre. Écoutez ensuite « Breaking Hearts » sur vinyle et « Regimental Sgt. Zippo » sur vinyle.

REGINALD DE PINNER.

Elton John naît le 25 mars 1947 à Pinner sous le nom de Reginald Kenneth Dwight. Il prend des cours de piano dès son plus jeune âge et, garçon, suit des cours au Royal College of Music. Le monde ordonné de sa formation côtoie son goût pour l’énergie plus directe de la pop et du rock’n’roll. Dans son jeu ultérieur, ces deux facettes continuent de coexister : colorer soigneusement une mélodie, puis marquer le tempo des deux mains.

Pour qui ne connaît que son image de scène flamboyante, ses premiers disques peuvent parfois réserver une surprise. Le chanteur y sonne régulièrement en quête, jeune et vulnérable. « Empty Sky » paraît en 1969 et révèle un musicien qui explore différentes formes. Un an plus tard, l’album « Elton John » rassemble plus nettement ses différentes facettes. « Your Song » en est l’exemple le plus célèbre, mais « Border Song » et « Take Me to the Pilot » montrent également toute l’étendue de son univers musical.

DEUX HOMMES, UNE CHANSON.

La collaboration avec Bernie Taupin commence en 1967. Leur célèbre répartition des tâches donne aux chansons un point de départ singulier : Taupin écrit les paroles, Elton en compose la musique. Cela signifie qu’une phrase possède déjà son propre rythme et son propre imaginaire avant que la première note de piano ne retentisse. Elton n’a pas besoin d’avoir vécu littéralement les paroles comme son propre journal intime pour les chanter avec conviction. Il en cherche le mouvement émotionnel.

Cela s’entend dans sa façon de répartir une longue phrase sur une mélodie. Parfois, il semble prendre une nouvelle direction en cours de route, pour ne revenir qu’à la fin de la phrase qu’à un endroit familier. Ses refrains peuvent être exubérants, mais les couplets font souvent le travail préparatoire. Ils dessinent des personnages et des situations, et donnent à la grande mélodie quelque chose sur lequel s’appuyer.

Cette collaboration explique également pourquoi son œuvre contient bien plus que des confessions autobiographiques. On y trouve des portraits, des vies imaginaires, des souvenirs et des paysages américains. La voix crée un lien personnel, tandis que les paroles proviennent parfois d’un tout autre univers. C’est précisément cette distance qui donne à Elton la liberté d’agir comme un conteur.

LE TROUBADOUR ET UNE PORTE OUVERTE.

Le 25 août 1970, Elton joue son premier concert américain au Troubadour, à West Hollywood. Avec le bassiste Dee Murray et le batteur Nigel Olsson, un petit groupe monte sur scène. Cette représentation marquera une étape décisive de son succès. Elle montre que le jeune chanteur derrière le disque soigneusement arrangé est aussi un artiste de scène plein d’énergie.

La formation est un bon guide d’écoute. Sans mur d’instruments, le piano doit assumer de nombreuses fonctions. La main gauche apporte de la profondeur, tandis que la main droite peut simultanément jouer un riff et répondre au chant. La basse et la batterie maintiennent le mouvement. Cette sensation physique reste perceptible lorsque les productions deviennent plus grandioses par la suite : sous les cordes, les chœurs et les fioritures se cache souvent une chanson qui peut déjà fonctionner avec trois musiciens.

UNE AMÉRIQUE QUE L’ON PEUT ÉCOUTER.

« Tumbleweed Connection » paraît en 1970 et s’oriente vers le country, le folk et la soul. L’album construit un univers de récits et de personnages, sans dépendre d’une succession de tubes isolés. Écoutez « Burn Down the Mission » : des passages calmes et des moments exaltants changent la perspective, comme si le groupe révélait, au fil de la musique, un univers toujours plus vaste.

Sur « Madman Across the Water », paru en 1971, cet espace dramatique s’élargit encore. « Tiny Dancer » laisse au refrain le temps de se déployer. Le piano continue de bouger tandis que la mélodie s’étire ; l’apothéose finale semble ainsi pleinement méritée. Dans « Levon », c’est surtout intéressant de voir comment le portrait d’un personnage se voit offrir un écrin musical presque monumental. Les chansons exigent que l’on prête attention au récit, même lorsque l’on connaît déjà les mélodies par cœur.

« Honky Château », paru en 1972, montre ensuite à quel point Elton peut sonner avec spontanéité. « Honky Cat » possède un moteur léger et bondissant. « Rocket Man » s’ouvre de manière beaucoup plus intime et met l’isolement du narrateur en contraste avec un accompagnement ample. Ce qui est remarquable, c’est la quantité d’émotion contenue dans cette relation. La musique peut devenir grandiose tout en préservant l’échelle d’un seul homme dans la voix.

TOUTE UNE DISCOGRAPHIE SUR UN SEUL DOUBLE ALBUM.

En 1973, « Don’t Shoot Me I’m Only the Piano Player » et « Goodbye Yellow Brick Road » paraissent simultanément. Le premier réunit le mouvement de « Crocodile Rock » et la douceur beaucoup plus marquée de « Daniel ». Le double album souligne encore davantage cette diversité. La longue introduction de « Funeral for a Friend/Love Lies Bleeding » laisse d’abord la musique construire un univers avant que la chanson ne prenne véritablement son envol.

Ensuite, le disque peut changer de caractère sans perdre sa cohérence. « Bennie and the Jets » joue sur la distance et l’emphase ; les accents semblent plus anguleux que dans une simple chanson à reprendre en chœur. La chanson du titre possède une mélodie qui semble presque s’élever d’elle-même. « Saturday Night’s Alright for Fighting », au contraire, recherche l’effervescence des guitares et d’un rythme implacable. C’est le même chanteur, mais toujours sous un jour différent.

Le groupe mérite d’ailleurs plus qu’une simple mention en petits caractères. La collaboration avec Davey Johnstone, Dee Murray, Nigel Olsson et bien d’autres donne à nombre de ces disques leur propre mélange de solidité et de souplesse. Écoutez les chœurs en arrière-plan et la façon dont des réponses instrumentales apparaissent derrière la ligne principale. Les chansons sont claires, mais rarement dépouillées.

DERRIÈRE LES LUNETTES ET LES PROJECTEURS.

Les costumes exubérants et les lunettes remarquables font partie du langage scénique d’Elton John. Ils donnent à la musique un geste visible : la même liberté qui permet à un pianiste de passer soudainement d’une ballade douce à un morceau de rock puissant. Pourtant, l’image fonctionne le mieux lorsque l’on continue d’entendre aussi sa facette discrète. L’attrait réside souvent dans le contraste entre la grande mise en scène et une voix qui tente de transmettre quelque chose de simple.

« Captain Fantastic and the Brown Dirt Cowboy », paru en 1975, revient sur la première collaboration entre Elton et Bernie. Le disque atteint immédiatement la première place aux États-Unis. Ce moment commercial est remarquable, mais la cohérence musicale l’est tout autant. Les chansons forment ensemble un regard en arrière, laissant place au doute, à l’ambition et au travail quotidien qui se cache derrière une carrière.

« Someone Saved My Life Tonight » laisse une mélodie respirer longtemps. La chanson ne cherche pas à parvenir le plus vite possible à une brève apothéose. Le piano reste un centre intime, tandis que l’accompagnement autour gagne de plus en plus en profondeur. Écoutez ensuite la transition finale de « We All Fall in Love Sometimes » vers « Curtains ». Vous entendrez comment un album peut aussi, sans dernier grand tube, donner une impression d’achèvement.

LES DÉCENNIES CONTINUENT DE BOUGER.

Après le milieu des années 1970, le catalogue d’Elton devient de moins en moins facile à réduire à un son unique. « Blue Moves » a une atmosphère différente de « Rock of the Westies » ; « A Single Man » et « Victim of Love » explorent d’autres rapports entre la voix et la production. Celui qui ne conserve que les années les plus couronnées passe à côté de la fréquence à laquelle il tente de s’adapter à un nouvel univers.

Avec « Too Low for Zero », paru en 1983, arrive une collection de chansons d’une assurance remarquable. « I’m Still Standing » possède une énergie compacte, presque bondissante. « I Guess That’s Why They Call It the Blues » offre un mouvement plus chaleureux et plus ample. La différence entre les deux montre à quel point il est inutile de l’écouter exclusivement comme un chanteur de ballades. Son jeu peut être joyeux et incisif, puis, un instant plus tard, laisser une place généreuse.

Sur « Sleeping with the Past », paru en 1989, et « The One », paru en 1992, on entend un environnement de production différent de celui des premiers albums. Les sonorités sont plus lisses, la voix prend un autre poids et les chansons exploitent les possibilités de leur époque. La reconnaissance demeure dans les tournures mélodiques et le phrasé. Même dans un arrangement plus dense, Elton sait souvent exactement quels mots mettre en avant.

BIEN PLUS QUE LE REFRAIN SUIVANT.

Sa carrière se poursuit également au cinéma et au théâtre. Avec le parolier Tim Rice, il écrit des chansons pour « The Lion King » ; d’autres projets suivent, dont « Aida ». Un tel environnement exige une approche particulière. Une chanson doit y porter un personnage ou une scène. La mélodie reçoit une mission dramatique, mais doit en même temps pouvoir subsister en dehors de cette scène.

En dehors de la musique, son engagement au sein de l’Elton John AIDS Foundation constitue une part essentielle de son travail public. L’histoire d’Elton John parle donc aussi de ce qu’une personne dotée d’une grande influence peut accomplir. Pour ce récit consacré à l’artiste, la musique reste le point de départ, mais cet engagement citoyen fait partie intégrante de l’homme derrière les disques et les spectacles.

RETOUR AU PIANO.

« Songs from the West Coast », paru en 2001, remet clairement en valeur le parolier et le pianiste. « I Want Love » a besoin d’espace pour les aspérités de la voix. Le chanteur n’a pas besoin de lisser chaque émotion. Dans « This Train Don’t Stop There Anymore », l’attitude calme et contemplative est tout aussi déterminante que le refrain.

Cet intérêt pour le cœur d’une chanson se poursuit dans « Peachtree Road » et « The Captain & the Kid ». Sur « The Union », paru en 2010, Elton partage le disque avec Leon Russell. Deux pianistes et deux voix reconnaissables apportent d’autres accents qu’une production en solo. Sur « The Diving Board », paru en 2013, le piano retrouve beaucoup d’espace pour porter un récit. L’instrument peut accompagner, répondre et prendre le relais.

ONE THING YOU DIDN’T KNOW.

Avant « Empty Sky », un autre album de début de carrière avait été préparé. « Regimental Sgt. Zippo » a été enregistré en 1967 et 1968, mais est resté dans les cartons à l’époque. Il n’a été publié pour la première fois en tant qu’album qu’en 2021. C’est pourquoi il figure ci-dessous en 2021. Il s’agit d’un instant musical précoce qui n’a intégré la discographie officiellement publiée que bien plus tard.

TOUJOURS CURIEUX.

La collaboration avec Pnau sur « Good Morning to the Night », paru en 2012, aborde l’œuvre existante comme matière pour de nouvelles musiques. Des fragments d’anciennes prises sont assemblés dans de nouvelles combinaisons. Cela donne à l’album une place à part : un projet commun qui s’appuie sur le catalogue, avec une méthode de travail différente de celle d’une session classique avec un groupe.

« The Lockdown Sessions », paru en 2021, réunit à nouveau différents musiciens, dont Dua Lipa. En 2023, la tournée d’adieu se termine à Stockholm, mais la fin de cette tournée ne signifie pas la fin des enregistrements. En 2025 paraît « Who Believes in Angels? », réalisé avec Brandi Carlile, Bernie Taupin et le producteur Andrew Watt. Elton et Brandi partagent véritablement le disque ; ce n’est pas une compilation d’apparitions de musiciens autour d’un seul protagoniste.

C’est un chapitre final approprié pour un musicien qui, dès sa première collaboration avec Taupin, a construit sa carrière sur l’échange. D’autres paroles, une autre voix ou une nouvelle réponse venant du groupe peuvent à nouveau orienter le piano dans une autre direction. Le son emblématique reste reconnaissable, tandis que les personnes qui l’entourent ouvrent de nouvelles possibilités.

PAR OÙ COMMENCER.

Pour qui connaît surtout Elton à travers ses tubes, trois disques permettent de découvrir une grande partie de son univers. « Tumbleweed Connection » révèle le narrateur, « Goodbye Yellow Brick Road » sa polyvalence exubérante et « Songs from the West Coast » le chanteur plus tardif, capable de donner plus de poids à une phrase simple. Écoutez ensuite un album commun. Vous entendrez à quel point son propre son reste puissant lorsqu’il laisse de la place à quelqu’un d’autre.

LES FAITS

NÉ LE25 MARS 1947
PINNER, ANGLETERRE
CARACTÉRISTIQUELE PIANO COMME MOTEUR
MÉLODIES AÉRES
MOMENT ICONIQUELE TROUBADOUR
DÉBUT AMÉRICAIN, 1970

DISCOGRAPHIE ESSENTIELLE

Les albums studio solo et communs parus, par ordre chronologique de première publication. Le projet avec Pnau est indiqué séparément. Les bandes originales, les enregistrements de comédiens, les albums live, les compilations et les EP ne font pas partie de cette série d’albums.

  1. 1969Empty Sky
  2. 1970Elton John
  3. 1970Tumbleweed Connection
  4. 1971Madman Across the Water
  5. 1972Honky Château
  6. 1973Don't Shoot Me I'm Only the Piano Player
  7. 1973Goodbye Yellow Brick Road
  8. 1974Caribou
  9. 1975Captain Fantastic and the Brown Dirt Cowboy
  10. 1975Rock of the Westies
  11. 1976Blue Moves
  12. 1978A Single Man
  13. 1979Victim of Love
  14. 198021 at 33
  15. 1981The Fox
  16. 1982Jump Up!
  17. 1983Too Low for Zero
  18. 1984Breaking Hearts
  19. 1985Ice on Fire
  20. 1986Leather Jackets
  21. 1988Reg Strikes Back
  22. 1989Sleeping with the Past
  23. 1992The One
  24. 1993Duets — avec différents invités
  25. 1995Made in England
  26. 1997The Big Picture
  27. 2001Songs from the West Coast
  28. 2004Peachtree Road
  29. 2006The Captain & the Kid
  30. 2010The Union — avec Leon Russell
  31. 2012Good Morning to the Night — avec PNAU ; nouvelles compositions à partir d'enregistrements existants
  32. 2013The Diving Board
  33. 2016Wonderful Crazy Night
  34. 2021Regimental Sgt. Zippo — enregistré en 1967–1968, publié pour la première fois en 2021
  35. 2021The Lockdown Sessions — avec plusieurs invités
  36. 2025Who Believes in Angels? — avec Brandi Carlile

FAQ

Comment s'appelle vraiment Elton John ?

Elton John est né Reginald Kenneth Dwight. Il a adopté plus tard le nom d'Elton John ; son nom complet adopté est Elton Hercules John.

D'où vient Elton John ?

Elton John est né le 25 mars 1947 à Pinner, Middlesex, en Angleterre. Il a grandi avec le piano, qui est également devenu le centre de ses chansons et de ses spectacles ultérieurs.

Qui écrit les paroles des chansons d'Elton John ?

Bernie Taupin a écrit les paroles de beaucoup des chansons les plus célèbres d'Elton John. Dans leur collaboration, Taupin écrit généralement les paroles et Elton compose la musique. Elton a également travaillé avec d'autres paroliers.

Quel est le premier album d'Elton John ?

L'album de début est Empty Sky, paru au Royaume-Uni en 1969. L'album sans titre Elton John de 1970 était son deuxième album studio, pas le premier.

Sur quel album se trouve Your Song ?

Your Song se trouve sur Elton John de 1970. La chanson se trouve également sur des compilations, mais ceux qui recherchent le contexte original de l'album se tourneront vers ce deuxième LP.

Sur quel album se trouve Rocket Man ?

Rocket Man se trouve sur Honky Château de 1972. Elton John a composé la musique et Bernie Taupin les paroles. Le titre de la chanson ne doit pas être confondu avec le film biographique ultérieur Rocketman.

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DERNIER MOT.

Un piano peut porter un monde entier.

Elton John fait de la musique qui peut devenir grande sans perdre le sentiment d'une seule voix et d'une seule phrase. Les meilleurs moments se trouvent parfois dans un refrain exubérant, parfois dans l'approche vers celui-ci : un accord qui change l'ambiance, une réponse de piano qui reste un peu plus longtemps. Son catalogue est assez grand pour se perdre à nouveau et assez familier pour toujours rentrer chez soi quelque part.

Alors, mettez donc un album entier. Derrière les chansons que tout le monde connaît, d'autres histoires attendent. Elles montrent combien de facettes le même pianiste a, et à quel point les personnes qui lui apportent constamment quelque chose de nouveau sont importantes.

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